19 Déc. 2025

Marie Archambaud, de l’or au bout des doigts

Marie Archambaud, brodeuse de fils métalliques, façonne le métal comme une matière textile pour créer des œuvres qui oscillent entre orfèvrerie, vêtement et sculpture souple. Rencontre avec une artisane d’exception qui explore les frontières de la matière dans le paysage contemporain des métiers d’art.

Photos © Marion Saupin

Qu’est-ce qui vous a conduite à choisir la broderie de fils métalliques, une technique à la fois rare et exigeante ?

Je fais de la broderie depuis toute petite, guidée par ma mère et ma grand-mère, toutes deux couturières. J’ai toujours aimé les activités créatives. En grandissant, l’univers de la mode m’a séduite, mais c’était moins le vêtement que le textile qui m’attirait. Je me suis alors orientée vers un baccalauréat de design appliqué, spécialité broderie au fil d’or. En 2019, je suis partie perfectionner mon savoir-faire à Mumbai, en Inde, grâce à la fondation Culture et Diversité. J’y ai intégré un atelier de broderie traditionnelle, où j’ai découvert de nouveaux outils et de nouvelles techniques. Peu à peu, je me suis mise à concevoir la broderie comme une technique de construction à part entière et non comme seul ornement sur un tissu, grâce aux fils métalliques. Après un master en métiers d’art et une participation au salon Révélations, j’ai finalement décidé de créer mon entreprise.

Racontez-nous la naissance d’un projet.

Tout projet naît d’une période de recherches. Je réfléchis rarement à partir d’un dessin : je pars plutôt de matières et de formes, je pense par gestes que j’assemble ensuite. Mon univers s’inspire d’un monde vivant et organique, avec très peu de géométrie. J’ai développé un vocabulaire de gestes et de techniques qui me conduit à inventer de nouvelles matières. S’il s’agit d’une commande, je propose un croquis, des techniques et des formes, puis nous validons ensemble le projet.

Le fil métallique a ses contraintes et ses éclats particuliers : qu’apporte-t-il de singulier à votre travail ?

Ce qui m’intéresse particulièrement dans le métal, ce sont ses propriétés. J’utilise principalement le cuivre et le laiton qui ont la particularité d’être souples, ce qui me permet de réaliser des broderies très fines, comme de l’orfèvrerie textile. J’explore les limites entre le textile et la bijouterie, tandis que le fil prend la forme d’un « tissu bijou ». Les vêtements deviennent de véritables ornements de corps.

Quels sont les projets ou collaborations qui vous ont le plus marquée dans votre parcours jusqu’ici ?

Le couturier Jérôme Blin m’a invitée à participer à son défilé « Émergence », en mars 2025. Cette collection mettait en avant différents acteurs des métiers d’art, et j’ai eu le plaisir de présenter moi-même mon travail. Pour trois de ses looks, j’ai réalisé une broderie racinaire sur un col, un réseau de branches et de racines courant sur toute une robe, avec des éléments métalliques martelés formant une véritable parure.


Partager cet article

Compare Listings