Marie Archambaud, brodeuse de fils métalliques, façonne le métal comme une matière textile pour créer des œuvres qui oscillent entre orfèvrerie, vêtement et sculpture souple. Rencontre avec une artisane d’exception qui explore les frontières de la matière dans le paysage contemporain des métiers d’art.
Qu’est-ce qui vous a conduite à choisir la broderie de
fils métalliques, une technique à la fois rare et exigeante ?
Je fais de la broderie depuis
toute petite, guidée par ma mère et ma grand-mère, toutes deux couturières.
J’ai toujours aimé les activités créatives. En grandissant, l’univers de la
mode m’a séduite, mais c’était moins le vêtement que le textile qui m’attirait.
Je me suis alors orientée vers un baccalauréat de design appliqué, spécialité
broderie au fil d’or. En 2019, je suis partie perfectionner mon savoir-faire à
Mumbai, en Inde, grâce à la fondation Culture et Diversité. J’y ai intégré un
atelier de broderie traditionnelle, où j’ai découvert de nouveaux outils et de
nouvelles techniques. Peu à peu, je me suis mise à concevoir la broderie comme
une technique de construction à part entière et non comme seul ornement sur un
tissu, grâce aux fils métalliques. Après un master en métiers d’art et une
participation au salon Révélations, j’ai finalement décidé de créer mon
entreprise.
Racontez-nous la naissance d’un projet.
Tout
projet naît d’une période de recherches. Je réfléchis rarement à partir d’un
dessin : je pars plutôt de matières et de formes, je pense par gestes que
j’assemble ensuite. Mon univers s’inspire d’un monde vivant et organique, avec
très peu de géométrie. J’ai développé un vocabulaire de gestes et de techniques
qui me conduit à inventer de nouvelles matières. S’il s’agit d’une commande, je
propose un croquis, des techniques et des formes, puis nous validons ensemble
le projet.
Le fil métallique a ses contraintes et ses éclats particuliers : qu’apporte-t-il de singulier à votre travail ?
Ce qui m’intéresse
particulièrement dans le métal, ce sont ses propriétés. J’utilise
principalement le cuivre et le laiton qui ont la particularité d’être souples,
ce qui me permet de réaliser des broderies très fines, comme de l’orfèvrerie
textile. J’explore les limites entre le textile et la bijouterie, tandis que le
fil prend la forme d’un « tissu bijou ». Les vêtements deviennent de
véritables ornements de corps.
Quels sont les projets ou collaborations qui vous ont le plus marquée dans votre parcours jusqu’ici ?
Le couturier Jérôme Blin m’a invitée à participer à son défilé
« Émergence », en mars 2025. Cette collection mettait en avant
différents acteurs des métiers d’art, et j’ai eu le plaisir de présenter
moi-même mon travail. Pour trois de ses looks, j’ai réalisé une broderie
racinaire sur un col, un réseau de branches et de racines courant sur toute une
robe, avec des éléments métalliques martelés formant une véritable parure.